Association Cardinal Luçon
Accueil.Biographie.Photos.Association.Projet.Presse.Liens / contact.

(association loi 1901)

Biographie du Cardinal Louis Joseph Luçon
Aimée Gagné
Louis Luçon
Cette situation, proche de la misère, forgea son caractère et son attitude : la compassion et l’aide qu’il apporta aux plus petits et aux plus modestes de ses paroissiens dans ses différentes nominations ecclésiastiques.

Le curé de Maulévrier ayant remarqué sa piété, son intelligence précoce, ses dons d’esprit et de coeur, incita ses parents à l’envoyer au Collège municipal de Cholet, alors dirigé par des prêtres. Il fit son entrée au collège de Cholet en octobre 1853. Plus tard, un de ses camarades se souvenait de lui dans les termes suivant : « ….avec son air timide et un peu gauche, ses yeux bien ouverts et souriants, sa physionomie aimable, sa douceur de caractère et sa grande pâleur, dans son ordinaire petite blouse d’indienne à carreaux rouges, bien légère à l’approche des premiers froids qui s’annonçaient déjà. »

Après quatre années passées à Cholet, le principal du collège qui avait remarqué ses qualités et prédispositions au sacerdoce, l’envoya au Petit Séminaire Mongazon, d’Angers. Malheureusement avec une santé défaillante, et après deux années, il dut arrêter ses études au Petit Séminaire pour se reposer dans sa famille.

Au mois d’octobre 1860, il fait sa rentrée au Grand Séminaire d’Angers. Pendant son séjour sa santé toujours défaillante lui causa de nombreux soucis, mais malgré tout il arriva au terme de sa théologie et devient sous-diacre. Trop jeune pour accéder à la prêtrise, il devient le précepteur du fils du vicomte Jules de Chabot qui habitait le château de Boissière à St Aubin de Baubigné (quelques kilomètres de Maulévrier). Ce fut une période heureuse et profitable pour sa santé, sa formation intellectuelle et son initiation aux usages de la « bonne société ».

Celui qui allait devenir le cardinal Luçon, archevêque de Reims, est né le 28 octobre 1842 à Maulévrier, au coeur de la région choletaise. Cholet, le centre historique de la révolte vendéenne de 1793 et pays chrétien martyr qui a subi les représailles de la république naissante : mortalité très importante (tueries en masse), destruction des maisons et des biens (colonnes infernales), persécutions et brimades religieuses et civiles.

Les parents de Louis Henri Joseph Luçon étaient des gens modestes, son père : Louis François (34 ans) tisserand et sa mère : Aimée Françoise Thérèse Gagné (32 ans). Ce n’était pas le grand luxe dans la famille Luçon et Louis Joseph a dû souffrir moralement et physiquement de ce manque d’argent, sa santé défaillante sera un handicap dans le début de sa vie d’adulte.
Acte de naissance de Louis Henri Joseph Luçon
Mgr Freppel évêque d’Angers, (successeur de Mgr Angebault), ayant remarqué les qualités de Louis Joseph Luçon, modeste vicaire, l’envoya à St Louis des Français à Rome au titre de chapelain étudiant pour parfaire sa formation théologique. Il y fit son entrée le 13 novembre 1873.
Le 23 décembre 1865, Louis Joseph Luçon est ordonné prêtre par Mgr Angebault dans la cathédrale d’Angers. Il est nommé vicaire d’une petite paroisse : St Lambert du Lattay (canton de Thouarcé dans le Maine et Loire) qui comptait alors 1500 habitants. Au contact de l’abbé Mérit curé de St Lambert, son ancien professeur de rhétorique, il combla ses lacunes théologiques. Il vécut 5 années à St Lambert et son dévouement, sa grande piété, sa douceur, la distinction de son esprit et sa tenue lui attirèrent tout de suite l’affectueuse estime de ses paroissiens et de ses confrères. Il fut un précurseur pour occuper les jeunes le dimanche après-midi : chants, cercle d’études, parties de cartes et réunions amicales. Pendant son séjour à St Lambert il fit la connaissance du Père Yves de Kersabiec et du comte Théodore de Quatrebarbes, homme cultivé avec l’esprit chevaleresque.
L’ambiance de la Ville Eternelle lui fut profitable et sa doctrine théologique s’enrichit aux sources de l’Eglise romaine. En 1875, il revient en France avec un double titre de docteur en théologie et en droit canonique et sachant parler l’italien couramment, ce qui lui sera utile quelques années plus tard.

A son retour, Mgr Freppel lui réservait un poste d’enseignant en droit canonique à la toute nouvelle Université Catholique de l’Ouest. Louis Joseph Luçon refusa, car il voulait se rapprocher de sa famille. Il fut nommé curé de la Jubaudière le 8 décembre 1875.

La Jubaudière, près de Cholet, dans le Maine et Loire, était alors, avec seulement 700 habitants, une petite paroisse du diocèse. Dans les Mauges, le prêtre était le véritable chef de la paroisse et l’arrivée d’un nouveau prêtre était l’occasion de célébrations et réceptions festives. Le 15 décembre 1875, un cortège de nombreux habitants se porta au devant de l’abbé Luçon, aux limites de la commune et l’accompagna jusqu’au bourg. Là le maire, Mr Durand et ses conseillers municipaux, les conseillers de la Fabrique (le conseil paroissial), les enfants des écoles et toute la population lui souhaitèrent la bienvenue. Il enthousiasme ses paroissiens et devient un véritable curé de campagne, c’est à regret qu’il part en 1883 de la Jubaudière pour une paroisse voisine plus importante : Notre Dame de Cholet.
En 1883 Louis Joseph Luçon remplace le curé Augustin Coutant qui était très estimé par les paroissiens de Cholet. Les Choletais acceptent mal la succession d’un prêtre qui a construit et marqué de son empreinte Notre Dame, par un « petit » curé de campagne. Toutefois, malgré ce climat d’hostilité, ce dernier arrive à s’intégrer par sa simplicité, sa bonté, son sourire et ses sermons recherchés.

Curé de Notre Dame de 1883 à 1887, il va, durant ces quelques années, marquer les paroissiens. Ceux-ci ne voyaient pourtant pas d’un bon œil un curé de campagne de santé fragile reprendre le chantier de l’église Notre Dame, mais en quelques mois, il conquit la confiance de ses fidèles. Il bâtit la nef et les flèches de Notre Dame de Cholet. C’était sans doute un clin d’œil prémonitoire de ce qui l’attendait des années plus tard à Reims en tant qu’archevêque.

Le 9 novembre 1887 il fut nommé, malgré lui, évêque de Belley. Pour sa nomination il fut reçu à Paris par le ministre des cultes, celui-ci lui demandant bien entendu sa soumission au pouvoir civil. Louis Joseph Luçon, en bon Vendéen, lui fit cette réponse : «Monsieur le Ministre, je n’ai pas désiré l’épiscopat. Je crains d’être contraint de l’accepter. Je souhaite en bon Français, contenter l’Eglise et l’Etat, mais je dois vous dire qu’en cas de conflit je serais du côté de l’Eglise, et inflexible comme une barre de fer. »

Monseigneur Luçon fut sacré évêque par Mgr Freppel, dans l’église Notre Dame de Cholet, le 8 février 1888 et son vieux père de s’exclamer : « Ah ! c’est bien beau d’être évêque, mais j’aimerais mieux le voir rester curé au pays, il n’aurait pas tant de responsabilités !
Il prit pour emblème l’agneau pascal (en référence peut-être à la paroisse St Jean de Maulévrier, sa terre natale) et pour devise ces deux mots : in fide et lenitate, dans la foi et la douceur. Cette devise correspondait tout à fait à son caractère et à son ministère d’évêque.

Pendant dix-huit ans, il fut évêque du diocèse de Belley. Il s’attacha à cette terre et à ses habitants. Son œuvre la plus marquante fut la préparation, du procès canonique qui devait aboutir à la béatification et plus tard à la canonisation du saint curé d’Ars : Jean Marie Vianney. L’instruction de cette cause avait fait sortir de l’ombre ce modeste évêque qui déclarait lui-même : « Je ne suis toujours qu’un bon curé de campagne en soutane violette.»

Le pape Pie X le pressentit pour remplacer le cardinal Langénieux à Reims. Comme d’habitude, Louis Joseph Luçon tenta de refuser en mettant en avant ses insuffisances et son indignité. Le Saint Père passa outre ses protestations : « Ce n’est pas aux honneurs que je vous envoie, c’est aux épreuves, c’est à la croix, à une multitude de croix. » Cette « prophétie » du pape commença à se révéler exacte quelques mois plus tard.
Le 21 février 1906 il fut nommé archevêque de Reims et le 25 février il assistait le pape dans la cérémonie du sacre de quatorze évêques français nommés pour la première fois directement par le Souverain Pontife.

Le 5 avril 1906, les habitants de Reims voit arriver un nouvel archevêque, le chapeau à la main, le sourire aux lèvres, qui multipliait avec simplicité ses saluts à ses diocésains : il conquit du premier abord, une popularité qui devait s’accroître au fil des années et qui se transforma en un « véritable culte d’amour filial et de religieuse vénération. »

La prédiction du pape sur les épreuves et les multitudes de croix allait commencer à se réaliser, lorsque le 17 décembre 1906, il est brutalement expulsé du Palais bâti par ses prédécesseurs, en même temps que ses séminaristes, et que la police dressait des contraventions aux prêtres « coupables » de célébrer la messe, les communautés religieuses étant réduites à l’exil ou à la dissolution. Absurdité d’une loi qui était censé garantir la liberté religieuse, l’indépendance des religions et la liberté de tous, mais qui dressa les uns contre les autres les citoyens pour de nombreuses années. Un peu plus d’un siècle après les troubles vendéens et les atteintes à la liberté individuelle de la jeune république naissante, nous voyons ressurgir le spectre de la « guerre civile » et « religieuse ». Cela nous prouve que les expériences douloureuses de l’Histoire ne servent pas d’exemple et sont vite oubliées par les générations suivantes.

Il reçoit le 18 décembre 1907 le titre de cardinal et revient à Reims le 7 janvier 1908.

Il réorganise petit à petit son diocèse : Denier du Culte, défense de l’enseignement libre, fêtes ouvrières etc….

Petit à petit, le bon sens français repris le dessus et les catholiques de Reims se regroupèrent et s’organisèrent autour de leur pasteur. Les liens entre le clergé et le peuple se renouèrent plus fort qu’avant. Le 26 mars 1913, Louis Joseph Luçon fêtait ses noces d’argent épiscopales.
L’année 1914, c’est la suite des épreuves pour Reims et le cardinal : la ville est envahie et occupée par l’armée allemande. Reims c’est tout un symbole pour la France : la naissance de la nation française avec le baptême de Clovis et de tout son entourage, avec plus tard les sacres de ses successeurs. L’envahisseur a bien compris la portée symbolique de Reims pour la France et va s’en prendre sauvagement a son symbole le plus important : sa cathédrale.

La ville sera reprise par la France, mais celle-ci sera intensément bombardée durant les années de guerre.
Pendant les années de guerre, quelques ouvriers ramassent les vitraux tombés à terre pour les trier et les mettre à l’abri. Au fond de la cathédrale, nous apercevons un impressionnant tas de gravats…
On ne peut pas expliquer l’acharnement sur cette ville des bombardements allemand et surtout sur sa cathédrale : à part le symbolisme de la nation française, car il n’y avait aucun enjeu stratégique majeur. L’ennemi a voulu porter un sérieux coup au moral des français. La cathédrale subit de nombreux bombardements et à la fin de la guerre c’est une ruine.

Le comportement du cardinal pendant toute la guerre est exemplaire. C’est un exemple de courage, d’humanité, de résistance : il visite les quartiers les plus éprouvés, il apporte des paroles de réconfort et d’encouragement à la population. Il y a de nombreux morts et blessés dans les différents quartiers de Reims. Pendant quarante-deux mois il poursuit chaque jour sa tournée pastorale et parcoure infatigablement les rues sans cesse bombardées, et où il s’expose à la mort à chaque pas.
A travers les ruines des murs branlants, au milieu des rues défoncées, il s’avance de ce pas alerte, rapide, que seule la compassion ralentit, car des mains se tendent à tout instant, des lèvres baisent son anneau, des enfants présentent leurs fronts pour la bénédiction, des ouvriers, des « poilus », couverts de boue des tranchées abordent cet Evêque à cheveux blancs, encouragés par la douceur de son sourire, sa simplicité, sa bonhomie et sa bonté débordante qui sort de ses yeux clairs, de sa personne toute entière
Le symbole visuel le plus important que nous gardons en mémoire, c’est le cardinal Louis Joseph Luçon agenouillé et priant seul dans sa cathédrale en ruine. C’est un exemple de fidélité et de courage dans l’épreuve que subit le peuple français pendant ces années de guerre.

Le 17 juin 1917 le président Poincaré voulut reconnaître lui-même les services rendus aux pays par le cardinal, et vint en personne attacher la Croix de la Légion d’Honneur sur la poitrine de l’archevêque de Reims.

Le 25 mars 1918 l’autorité militaire, décide l’évacuation totale de la ville et c’est à regret qu’il quitte Reims. Enfin le 11 novembre c’est la délivrance et dès le 17 le cardinal rentrait définitivement à Reims, hébergé chez un paroissien, car la demeure épiscopale était en ruines.

Tout le reste de sa vie il se consacra à la gestion de son diocèse et surtout à la restauration de la cathédrale. Il participa à la recherche de financements, notamment auprès des Américains avec la visite du président des Etats-Unis le 26 janvier 1919, ainsi que de nombreuses autres personnalités françaises et étrangères.
Sans se lasser il disait à ses nombreux et illustres visiteurs, le martyre de sa cathédrale, les souffrances de ses diocésains, l'héroïsme de nos défenseurs, dont il avait été le témoin et affirmait sa confiance dans l'avenir.
Le 6 février 1922 il prend part à l'élection du Pape Pie XI.
Par décret du 11 août 1922, il était promu officier de la Légion d'Honneur avec ce motif : " Exemple constant de patriotisme et de dévouement. A hautement contribué au relèvement de la Ville de Reims ".
Le 26 mai 1927 il voyait se rouvrir au culte les nefs de sa chère cathédrale et devant quatre mille fidèles, il redit le long martyre de la majestueuse basilique et sa joie de pouvoir y célébrer à nouveau.
Le 10 juin 1928 le président de la république Mr Doumergue vient célébrer la reconstruction de la ville de Reims et exprima sa reconnaissance au Cardinal Luçon.
Le 28 mai 1930 au matin il rend son âme à Dieu, et quand le bruit de sa mort se répand en ville les gens disent : " Ce n'est pas vrai, le Vendéen vit toujours. ". La foule qui vient se recueillir en cortège devant la dépouille du cardinal est immense. Le mardi 3 juin, c'est la messe de sépulture de Louis Joseph Luçon dans sa chère cathédrale en cours de restauration et c'est une foule innombrable qui l'accompagne une dernière fois. A 4 heures de l'après-midi, le cercueil est descendu sous le maître-autel dans le caveau où repose quatre autres archevêques de Reims.
Pour terminer, la réflexion d'artisans rémois interrogés après sa mort :

« Le bon Cardinal. Oh ! vous devez le dire, tout le monde l'aimait et l'estimait… Il était si bon.
Et si courageux. Et puis il était un saint ».
Petit raccourci de la vie du Cardinal Louis Joseph Luçon, inspiré librement des livres ci-dessous :
- Son Eminence Le Cardinal Luçon du Chanoine Frézet
- L'abbé Luçon curé de la Jubaudière de Maurice Ligot.
- La Cathédrale de Reims d'Isabelle Charlier
- Le Cardinal Luçon Archevêque de Reims de Pierre Lyautey
- Divers documents et photographies provenant de la famille et de l'entourage du Cardinal Luçon.
- Photographie du cardinal et de la cathédrale de Reims: http://www.worldwaronecolorphotos.com/